Ce premier post n’est pas vraiment un article sur Léonard de Vinci. Les choses commencent bien ! Il s’agit plus d’une invocation textuelle de l’esprit de Léonard (qui a eu une influence notable sur ma perception du monde) pour présenter la ligne éditoriale du blog.

Depuis longtemps, je me pose des questions sur l’acte d’apprendre. J’aimerais aujourd’hui organiser cette réflexion dans un premier temps sous forme d’articles et dans un second temps sous forme de discussions avec vous, les lecteurs. La notion d’apprentissage est en effet complexe et loin de moi l’idée de la réduire à une simple définition qui ne ferait que l’amputer. Comme le dit Morin, « il ne faut jamais chercher à définir par des frontières les choses importantes. Les frontières sont toujours floues, sont toujours interférentes. »

Sans frontières, il nous reste tout de même un vaste territoire à explorer. Pour cette exploration nous utiliserons principalement les arts et les sciences, surtout cognitives, comme outils. Vaste programme à long terme dont il ne faudra pas isoler les éléments, mais les relier dans un tout émergent. C’est justement cette approche sans frontières qui filtre de l’œuvre de Léonard de Vinci. On peut même se demander si Léonard comprenait l’idée de frontière tellement tout lui semblait lié !

Dragon (1515)

Dragon (1515)

Léonard était à la fois inventeur, peintre, architecte, anatomiste, botaniste, géologue, physicien, astronome, cartographe, mathématicien, ingénieur militaire… Avec ses forces et ses (rares) faiblesses dans chacun de ces domaines, il est l’incarnation parfaite de l’homme de la renaissance. Dans une lettre devenue célèbre, il propose à 27 ans ses services au duc de Milan, Ludovic Sforza, qui lui accordera sa protection pour les 16 années qui suivront. Rédigée en 1482, cette lettre prouve en neuf points sa connaissance profonde (et la conscience qu’il en a) de l’ingénierie militaire et en un unique dixième point l’universalité du reste de ses compétences.

Ayant très illustre Seigneur, vu et étudié les expériences de tous ceux qui se prétendent maîtres en l’art d’inventer des machines de guerre et ayant constaté que leurs machines ne diffèrent en rien de celles communément en usage, je m’appliquerai, sans vouloir faire injure à aucun, à révéler à Votre Excellence certains secrets qui me sont personnels, brièvement énumérés ici.

  1. J’ai un moyen de construire des ponts très légers et faciles à transporter, pour la poursuite de l’ennemi en fuite ; d’autres plus solides qui résistent au feu et à l’assaut, et aussi aisés à poser et à enlever. Je connais aussi des moyens de brûler et de détruire les ponts de l’ennemi.
  2. Dans les cas d’investissement d’une place, je sais comment chasser l’eau des fossés et faire des échelles d’escalade et autres instruments d’assaut.
  3. Si par sa hauteur ou par sa force, la place ne peut être bombardée, j’ai un moyen de miner toute forteresse dont les fondations ne sont pas en pierre.
  4. Je puis faire un canon facile à transporter qui lance des matières inflammables, causant un grand dommage et aussi grande terreur par la fumée.
  5. Au moyen de passages souterrains étroits et tortueux, creusés sans bruit, je peux faire passer une route sous des fossés et sous un fleuve.
  6. Je puis construire des voitures couvertes et indestructibles (des tanks) portant de l’artillerie et, qui ouvrant les rangs de l’ennemi, briseraient les troupes les plus solides. L’infanterie les suivrait sans difficulté.
  7. Je puis construire des canons, des mortiers, des engins à feu de forme pratique et, et différents de ceux en usage.
  8. Là où on ne peut se servir de canon, je puis le remplacer par des catapultes et des engins pour lancer des traits d’une efficacité étonnante et jusqu’ici inconnus. Enfin, quel que soit le cas, je puis trouver des moyens infinis pour l’attaque.
  9. S’il s’agit d’un combat naval, j’ai de nombreuses machines de la plus grande puissance pour l’attaque comme pour la défense : vaisseaux qui résistent au feu le plus vif, poudres et vapeurs.
  10. En temps de paix, je puis égaler, je crois, n’importe qui dans l’architecture, construire des monuments privés et publics, et conduire l’eau d’un endroit à l’autre. Je puis exécuter de la sculpture en marbre, bronze, terre cuite. En peinture, je puis faire ce que ferait un autre, quel qu’il puisse être. Et en outre, je m’engagerais à exécuter le cheval de bronze à la mémoire éternelle de votre père et de la Très Illustre Maison de Sforza.

Et si quelqu’une des choses ci-dessus énumérées vous semblait impossible ou impraticable, je vous offre d’en faire l’essai dans votre parc ou en toute autre place qu’il plaira à Votre Excellence, à laquelle je me recommande en toute humilité.

Cet esprit a été capturé par Michael Gelb dans son livre « Comment penser comme Léonard de Vinci » publié en 2000. Il y synthétise l’œuvre de Léonard en sept principes de travail qui peuvent aussi bien être suivis comme style de vie ou de pensée :

  1. La Curiosità ou une curiosité insatiable et une soif inextinguible de connaissance.
  2. La Dimostrazione ou la volonté de mettre ses connaissances à l’épreuve par l’expérimentation, la persistance et le désir de tirer des leçons de ses erreurs.
  3. La Sensazione ou le raffinement continu des sens, en particulier de la vue, dans le but de rehausser ses expériences.
  4. Le Sfumato (« L’art du vaporeux ») ou la tolérance et la volonté d’embrasser l’ambiguïté, le paradoxe et l’incertitude.
  5. L’Arte/La Scienza ou la recherche de l’équilibre subtil entre Science et Art, logique et imagination.
  6. La Corporalità ou la recherche de la grâce, de la bonne forme physique, de l’ambidextrie et de l’élégance.
  7. La Connessione ou la reconnaissance et l’éloge de l’interdépendance de nombreuses choses et de nombreux phénomènes ; c’est-à-dire la pensée systémique.

Ces sept points résument bien la pensée de Vinci, la pensée de la renaissance. La renaissance n’est pas une période historique. C’est un état d’esprit vibrant, humaniste, porteur du développement et de l’évolution de l’Homme. Aujourd’hui plus que jamais, il ne doit pas être oublié, mais au contraire être célébré et cultivé. J’essayerais donc de faire perdurer ici cet esprit de renaissance, cet esprit de Léonard, au travers de l’exploration de l’apprentissage qui est un de ses moteurs les plus profonds.

Tête de Leda (1505-1510)

Tête de Leda (1505-1510)

 

Crédits

Couverture : Tête d’un homme barbu (dit Autoportrait), Léonard de Vinci (1510-1515)

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