De la FOAD[1] des années 80 aux MOOCs[2] plus récents, le milieu de la formation professionnelle raffole de l’innovation pédagogique. Pourtant, l’innovation pédagogique en elle-même n’est pas nouvelle. Celle dont je vous parle aujourd’hui date du 11e siècle !

L’innovation se définissant en partie par l’introduction de quelque chose de nouveau, il faut déjà comprendre le contexte de son apparition. Ainsi, aux environs du 4e siècle, l’essor de l’église favorise le développement du chant liturgique qui est alors transmis oralement. Quatre siècles plus tard, Charlemagne se rend compte que d’un bout à l’autre de son empire, les messes sont célébrées de manières très différentes. Il décide alors d’unifier celles-ci, instaure le chant romano-franc (ou chant grégorien) et impose l’écriture de tous les textes liturgiques chantés. Mais il est difficile d’obtenir une langue musicale commune sans une la langue de communication commune et chaque congrégation adopte une notation qui lui est propre. Ainsi, à cette époque-là, les sept sons de l’échelle heptatonique sont écrits d’après des dérivés de l’alphabet latin en utilisant des lettres de A (La) à G (Sol). Cette écriture est toujours utilisée par les pays anglophones et germanophones n’ayant pas adopté l’innovation proposée par Guido d’Arrezzo au 11e siècle.

Portrait de Guido Arezzo crédit : Todd Hobin

Guido Arezzo

Guido d’Arrezzo (991/992 – 1050) était un moine bénédictin du nord-est de l’Italie ayant apporté à la musique un certain nombre d’innovations théoriques, pratiques (comme la portée) et pédagogiques qui lui valurent un entretien avec le pape Jean XIX en 1028. L’innovation qui nous intéresse aujourd’hui n’est rien d’autre que l’invention de l’ancêtre de notre solfège ! Il s’appuie pour cela sur un poème du 8e siècle de l’historien Paul Diacre (Paulus Diaconus) écrit pour la fête de la Saint-Jean, célébrée au solstice d’été. Il remarque en effet la particularité de ce texte qui est de monter d’un ton à chaque début de vers.

 

Hymne à saint Jean-Baptiste

Hymne à saint Jean-Baptiste

Il a alors l’idée de fixer cette ascension tonale en prenant comme repère la première syllabe de chacun des six premiers vers de l’hymne. La septième note de l’échelle heptatonique ne fut nommée SI qu’à la fin du 16e siècle et il faudra encore attendre un siècle pour que le UT soit remplacé par le DO, plus facile à chanter.

Ut queant laxis

resonare fibris

Mira gestorum

Famuli tuorum,

Solve polluti

Labii reatum

Sancte Iohannes

Que tes serviteurs

puissent faire entendre

à pleine voix les merveilles

de tes actions

absout le péché

des lèvres impures

Ô Saint-Jean

 

Mais pourquoi remplacer les lettres alors en usage ? C’est là que l’on peut réellement parler d’innovation pédagogique. Il instaure en effet ce changement pour faciliter à la fois le chant de la note en la nommant mais aussi pour aider la mémorisation des notes grâce à leur rapport harmonique. Grand pédagogue, dans le plus pur sens du terme, Guido développe ses idées novatrices pour aider l’apprentissage de la musique tout au long de sa vie. On retrouve ses idées dans plusieurs traités où figure un autre moyen mnémotechnique de lecture à vue pour le chant : la main guidonienne.

Main Guidonienne

Main Guidonienne

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Crédits

Portrait de Guido d’Arrezo : Todd Hobin

Enregistrement de l’hymne à Saint Jean-Baptiste : Membeth

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