Mot barbare que l’on pourrait confondre avec les mathématiques (et à juste titre comme nous allons le voir), qu’est donc la mathétique ? Dans le post de la semaine dernière, je proposais une citation de Seymour Papert invoquant l’absence d’un vocable désignant l’art d’apprendre. Pour faire simple, à la pédagogie qui serait l’art d’enseigner, la mathétique serait l’art d’apprendre.

 

Origine linguistique

Mathétique. Mathématique. Les termes sont proches. Si proches que le premier est reconnu par les moteurs de recherches comme le second et par les correcteurs orthographiques comme une faute. En remontant la chaîne linguistique, on tombe sur un imbroglio digne de la tour de Babel : les mathématiques ont volé la place de la mathétique !

Evolution linguistique du terme "mathétique"

Evolution linguistique du terme « mathétique »

Plusieurs remarques peuvent être faites à propos de ce schéma :

  • Bien que les Grecs soient reconnus pour leurs découvertes philosophiques par le biais de la logique, il semblerait qu’ils accordaient une place fondamentale à l’apprentissage expérientiel (« Manthanein »).
  • Du même verbe initial découlent deux facettes complémentaires : l’enseignement (« Mathêma ») et l’apprentissage (« Mathêsis »).
  • La pédagogique aurait pu s’appeler la mathématique (« Mathêma ») !
  • Les mathématiques, valorisées par les Grecs, ont occupé un espace assez important pour définitivement priver la mathétique de la forme lexicale qui lui revenait de droit (« Mathematikos »), allant même jusqu’à réquisitionner son substantif (« ê mathematikê »).

 

Apparitions historiques

Le terme de mathétique apparait par intermittence dans l’histoire de l’éducation et de domaines annexes (on peut notamment le retrouver dans le courant béhavioriste). Deux auteurs ont toutefois particulièrement marqué son évolution.

Jan Amos Comenius

Jan Amos Comenius

Tout d’abord Comenius (1592-1670), le « Galilée de l’éducation ». On lui attribue la création du terme mathétique sur la base du « Mathêsis » grec dans son Spicilegium didacticum publié dix ans après sa mort en 1680. Il propose ce néologisme en opposition à la didactique (qu’il connaissait bien, ayant publié en 1657 la Grande Didactique ou Traité de l’Art Universel d’enseigner tout à tous !), alors science de l’enseignement, et propose que la mathétique devienne la science de l’apprentissage.

Ensuite, Papert reprend le concept dans les années 1980 alors qu’il s’interroge sur l’absence d’un mot approprié et reconnu désignant l’acte d’apprendre. Pour lui, la mathétique décrit l’ensemble des principes directeurs gouvernant tout apprentissage. Elle ne s’intéresse donc pas au savoir à acquérir, mais au moyen d’y arriver et d’y donner du sens. La première étape de cette prise de sens étant le développement des connaissances sur l’apprentissage même.

 

De ces données, on peut proposer une définition synthétique de la mathétique comme l’ensemble des processus relatifs à l’acte d’apprendre mis en place par un individu. Ces processus relèvent entre autres de la création de sens, de la métacognition, de la proactivité, etc. La mathétique n’est donc pas qu’une erreur linguistique oubliée de l’histoire. Bien au contraire, elle est même d’autant plus d’actualité qu’on peut la percevoir au travers de concepts porteurs en science de l’éducation et en psychologie comme l’apprenance ou l’autorégulation des apprentissages.

 

Crédits

Couverture : La tour de Babel, Brueghel l’Ancien (1563)

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