L’idée d’apprendre à apprendre peut être floue et ne pas faire partie de vos priorités. Je propose dans cet article une méthodologie en explorant une partie pour rendre cette notion plus abordable. Mais avant toute chose, se pose la question de pourquoi s’y intéresser :

  • Apprendre de mieux en mieux : à chaque itération (voir ci-dessous), la maitrise s’affine ; les connexions entre les choses se font plus nombreuses. Dans un monde où l’on nous en demande de plus en plus, la progression régulière de ses compétences, savoirs et comportements est primordiale.
  • Faire évoluer son rapport au monde : apprendre est un élan vital pour rester en phase avec son environnement. Apprendre à apprendre permet d’assouplir, de prévoir et d’accélérer ces transitions.
  • Augmenter son pouvoir d’agir : apprendre à apprendre ne correspond pas seulement à l’augmentation du savoir, il l’autorise. Plus sa maitrise est affinée moins l’augmentation de savoir a de limites.

Apprendre à apprendre, c’est un peu comme les poupées russes. C’est un processus itératif ou l’on retrouve les mêmes éléments plus affinés à chaque niveau. Ce caractère infini des structures gigognes peut ici être représenté par le cycle itératif suivant :

  1. Définir « apprendre » : la réflexion commence par la définition de l’acte d’apprendre pour soi. Elle s’affine et intègre de nouvelles perceptions à chaque itération.
  2. Explorer son rapport au(x) savoir(s) : comme évoqué précédemment, le rapport au monde évolue. Cette étape permet de conscientiser cette évolution.
  3. Développer ses « astuces » : sans doute l’étape la plus vaste et la plus personnelle, il s’agit du retour à l’action.

 

Une méthodologie pour explorer son rapport au(x) savoir(s)

La méthodologie introspective proposée ici se concentre sur l’exploration du rapport au(x) savoir(s). Elle se veut simple, concrète et pratique ; elle est pensée en priorité pour des adultes. Pour plus d’objectivité et une aide à la réflexion, elle pourrait être outillée à l’aide de produits comme LearnUp.

Tout apprentissage étant contextuel, la première étape est de se concentrer sur un objet concret plus ou moins large. Cela peut être par exemple un domaine (vie quotidienne, travail, loisir, etc.) ou une activité (conduite, gestion de projet, photographie, etc.).
La deuxième étape est une pratique réflexive organisée autour de trois catégories inspirées de la réciprocité triadique de Bandura et nommées « dispositions » (à apprendre), « pratiques » (d’apprentissage) et (préférences) « d’environnement ». Un autopositionnement sur une échelle en trois niveaux introduit l’analyse en fournissant une base de réflexion facilitante. L’analyse est ensuite menée grâce à des outils de questionnement. Ceux-ci ne sont pas exhaustifs et peuvent être complétés par des questions liées à l’activité même. Il est alors conseillé de noter aussi bien les points positifs que les points négatifs.
La troisième et dernière étape est de proposer trois actions concrètes pour faire évoluer son rapport au(x) savoir(s). Ces actions peuvent viser à améliorer son niveau, résoudre un problème ou renforcer un point fort mis à jour par l’analyse.

Niveaux

Analyse

Actions

Dispositions Réactif

Prescrit

Émergent

1)

2)

3)

Pratiques Information

Apprentissage

Étude

1)

2)

3)

Environnement Cultiver

Assouplir

Adapter

1)

2)

3)

 

Guide méthodologique

Dispositions

La représentation que vous avez de votre objet d’apprentissage est teintée par l’accumulation de vos expériences passées qui façonnent l’apprenant que vous êtes aujourd’hui. Réfléchir à ses dispositions permet de prendre conscience des limites auto-imposées et d’ouvrir ses horizons d’apprentissage.

Niveaux
  1. Vous vous engagez dans un apprentissage réactif lorsque vous voulez réduire le fossé entre les attentes et les résultats d’une situation qui peut être difficile à vivre ou couteuse. Vous pouvez par exemple améliorer votre maitrise d’un certain logiciel pour augmenter votre productivité qui est inférieure à celle de vos collègues.
  2. L’apprentissage prescrit par un manager, un ami ou un médecin par exemple sera sans doute déjà plus facile à appréhender que l’apprentissage réactif. Un kinésithérapeute peut vous demander par exemple de modifier votre démarche suite à une opération pour guérir plus rapidement.
  3. L’apprentissage émergent vient directement de vous (amélioration des pratiques, découverte de nouvelles idées, développement des compétences, etc.). Le contexte peut bien sûr vous y pousser, mais il ne vous contraint pas : le choix est libre. Vous pouvez par exemple décider d’acheter un produit culinaire que vous n’avez jamais testé à chaque fois que vous faites les courses.
Outils d’analyse
  • Qu’est-ce qui me motive dans cet apprentissage ? Comment augmenter mon désir d’apprendre ? Est-ce que je vis cet apprentissage de manière positive ? Aurais-je la volonté de persévérer face aux difficultés rencontrées ?
  • Est-ce vraiment moi qui veux réaliser cet apprentissage ? Est-ce que je sais ce que je veux en tirer ? Quels sont les bénéfices à long terme ? Ai-je besoin d’aide ou d’une expertise que je ne possèderais pas ?
  • Est-ce que cet apprentissage va me permettre de me développer ? En tant que personne ? En tant que xxx ? Par le passé, ai-je grandi au travers d’apprentissages similaires ?

 

Pratiques

Il s’agit ici de vérifier le niveau de réflexivité que vous atteignez dans le domaine ou l’activité envisagée au travers des processus d’apprentissage consciemment mis en place.

Niveaux
  1. Par le transfert d’information, vous restez quelque peu en dehors de la pratique. Vous avez connaissance de quelque chose, mais n’êtes pas vraiment impliqué. Par exemple, vous pouvez découvrir qu’il y a trois manières de dire bonjour au Japon en fonction du moment de la journée.
  2. L’apprentissage vous permet de changer de représentation et d’apprendre à faire, savoir ou être. Vous pouvez par exemple apprendre à parler japonais.
  3. L’étude est une pratique réflexive vous permettant d’abstraire l’objet appris au niveau précédent. Alors qu’au niveau 2 vous pouviez apprendre la langue, au niveau 3 vous apprendrez la linguistique.
Outils d’analyse
  • Quelle est la substance de cet apprentissage ? Comment la définir ? Comment l’évaluer ? Quels objectifs me fixer ? Comment évaluer mes progrès ?
  • Quels outils utiliser pour atteindre mes objectifs ? Quand et comment faire évoluer ces outils ? Ai-je vraiment une idée de toutes les ressources disponibles à ce sujet ?
  • Est-ce que je suis prêt à me lancer dans cet apprentissage ? Ai-je des aprioris ? Des connaissances obsolètes ? Quels liens puis-je faire avec mes autres connaissances ?

 

Environnement

Au fur et à mesure de vos apprentissages, vous allez développer des préférences quant aux différents environnements dans lesquels ils seront réalisés. Parfois vous aurez le choix de l’environnement et parfois non. Il faut donc apprendre à travailler avec.

Niveaux
  1. Vous cultivez la connaissance des environnements d’apprentissage ayant votre préférence. Ceci vous permet d’identifier les situations favorables ou défavorables à vos apprentissages et d’en prévoir les résultats. Vous savez par exemple que vous êtes très à l’aise dans l’utilisation des technologies et que l’utilisation de cette modalité contribue à vous motiver.
  2. Vous vous assouplissez en explorant différents types d’environnement ou leurs déclinaisons. Vous avez conscience des efforts requis pour augmenter votre flexibilité, mais pariez sur le long terme. Si vous préférez par exemple travailler seul, vous prenez sur vous de vous intégrer à un collectif pour confronter vos points de vue et ainsi progresser.
  3. Une fois votre flexibilité accrue, adaptez-vous volontairement ou, encore mieux, adaptez les situations d’apprentissage en fonction de ce que vous souhaitez apprendre. Dans l’exemple du collectif que vous avez intégré, repérez les moments que vous pouvez transformer en travail individuel.
Outils d’analyse
  • Quelles ressources ai-je à ma disposition immédiate ? Et en cherchant ailleurs ? Quelles sont mes contraintes financières, temporelles et xxx ?
  • Les nouvelles technologies sont-elles appropriées pour cet apprentissage ? Suis-je à l’aise dans leur utilisation ?
  • Serait-ce un apprentissage plus facile à aborder de manière collective ? Sera-t-il facile d’outrepasser les contraintes inhérentes à toute activité sociale ?
  • Quel cadre m’aidera le plus à progresser rapidement ? Un cadre très structuré ? Quelque chose de plus informel ?

 

Ce qui est proposé ici est donc une partie d’une méthodologie plus globale pour apprendre à apprendre, mais je pense que c’en est le point clé. N’hésitez pas à me faire part de vos idées d’amélioration dans les commentaires !

 

Crédits

Couverture : Fractales, Apophysis

  • Boussuat Brigitte

    14 novembre 2015 •

    Bravo, c'est une sujet passionnant. Merci pour cette précieuse contribution !


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