Une semaine de vacances a permis à mon esprit de mettre de côté mes occupations habituelles et en particulier la question du rapport au savoir. J’avais publié il y a peu de temps un article différenciant savoir et connaissance. La connaissance y était définie comme la représentation mentale du réel, personnelle et intransmissible d’un sujet ; reposant sur l’expérience subjective des informations et savoirs. A la suite des tragiques évènements de la semaine dernière, je plaide pour une prise de recul radicale vis-à-vis de cette représentation mentale. Les idées présentées ici ne sont pas encore matures, mais peut-être pourrons-nous les développer ensemble.

 

De la subjectivité de la connaissance

La science s’est établie dans nos sociétés comme la vérité autour de laquelle nos vies se construisent. Grâce au savoir qu’elle produit, le progrès serait infini. Le Dieu technologie nourrit ses enfants.

La science que l’on voudrait rassurante est en réalité aussi stable que la subjectivité de ses créateurs (et son autoritarisme est facilité par les barrières à sa compréhension, érigées en glorification de sa nature). L’idiosyncrasie des chercheurs est si présente dans leurs recherches que le choix des méthodologies ou de la présentation même des résultats est loin d’être aussi objectif que la revendication qui en est faite. Je le vois bien dans ma plongée exploratrice du monde académique qu’est le doctorat. Et je fais partie du système. Qu’elles soient molles ou dures, aucune science n’y échappe. Il faut se retenir d’ériger la science en vérité absolue et reconnaitre uniquement l’utilité temporaire de ses vérités « négociées ». Dans les mots de Karl Popper, cela donne l’idée que toute vérité scientifique est une erreur en sursis. On vient d’ailleurs de se rendre compte que les 15 dernières années de recherches basées sur des IRM pourraient être remises en question pour une erreur de correction statistique… Comme quoi le savoir tient à peu de choses et la connaissance à encore moins.

Il faut prendre du recul vis-à-vis du savoir scientifique.

 

De la connaissance de la connaissance

Les récents attentats ayant eu lieu sur le sol français ont tous été accueillis par les classes politiques par une volonté de répondre à la violence par la violence. Comme disait Gandhi, à force de répondre œil pour œil, l‘humanité finira aveugle. Une autre solution est possible. C’est celle que proposait Malala à Obama : l’éducation. Morin apporte une solution concrète en soulignant que l’éducation à la connaissance permet de repérer ses propres erreurs, illusions et perversions. Pour lui, la connaissance est aveugle au réductionnisme, au manichéisme et à la réification ; empêchant par la même l’individu fanatique de voir une personne ou une société dans toute sa complexité. La vision holistique du monde est aveuglée par la croyance de la connaissance du tout par une de ses parties. Les biais cognitifs sont par exemple nombreux. Une réflexion sur nos processus d’acquisition et de traitement de la connaissance ainsi qu’une réévaluation régulière de nos croyances est aujourd’hui primordiale pour rester en phase avec notre environnement et notre humanité.

Il faut prendre du recul vis-à-vis de nos croyances.

 

Ainsi, ni les sciences ni nos croyances ne sont à elles seules des voies de salut. Quelle que soit la situation d’un individu, ses croyances ou sa culture, il aura besoin de sens critique et d’une remise en question régulière de ses croyances pour trouver le chemin de son humanité. La connaissance par l’égo, de la dépendance scientifique à l’aveuglement fanatique, n’est pas une solution pour l’individu qui doit au contraire s’en détacher.

 

 Crédits

Couverture : Adam et Eve, Lucas Cranach (1526)

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  • Eric

    19 juillet 2016 •

    Qu'est ce que la connaissance par l'ego ?

  • LearningRaph

    20 juillet 2016 •

    Bonjour Eric,

    j'ai écrit cet article sur un coup de tête un peu rapidement et ce n'était peut être pas la meilleure expression à utiliser. L'idée globale était que la fierté tirée du fait d'être un "élu de la connaissance" d'un fait religieux ou scientifique devait être méticuleusement et régulièrement interrogée pour ne pas s'égarer.


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